Egonlab et la collection Lazarus : quand la plume devient structure
Kévin Nompeix et Florentin Glémarec ont présenté à Paris une collection axée sur le recommencement, et ils ont d’abord résolu cela à travers la couture avant de le faire dans le discours.
Texte de
Texte de Caíque Nucci
Rédacteur en chef
Il y a une différence entre porter un vêtement en plumes et concevoir un vêtement avec des plumes. Le premier est une finition, appliquée une fois la pièce terminée, et sert à attirer l'attention. Le second est de l'ingénierie : la plume intervient d'abord, décide du volume, soulève l'épaule et définit jusqu'où le corps se termine. La collection hiver 2026 de Egonlab, présentée à Paris, repose sur cette seconde idée, et c’est ce qui la distingue de tout ce qui s’en approche en photographie.
Le duo derrière la marque est français : Kévin Nompeix et Florentin Glémarec, qui ont ouvert Egonlab en 2019 et ont vu la pandémie interrompre le début avant qu'il ne devienne une trajectoire. Sept ans plus tard, la collection qu'ils ont présentée sur le podium s'appelle Lazarus, et le nom n'est pas une figure de style choisie pour son sonorité.
Le nom de la collection est une déclaration de méthode
Le défilé a commencé par un texte prononcé par Jameela Jamil, présenté par la marque comme un manifeste sur la résistance, le renouveau et le refus. En une saison où presque toutes les maisons parlent de renaissance, la différence d’Egonlab réside dans le fait que l’idée apparaît d’abord dans la construction du vêtement, puis dans le discours. Lázaro revient avec les marques du passé, non nettoyées. Les pièces font de même : elles exposent la couture, le patch et l’asymétrie plutôt que de les dissimuler.
Le noir qui n’est pas seulement un noir
La collection est ancrée dans le noir, et la grâce réside dans la façon dont il se multiplie. La laine dense, le jersey fluide et le denim cohabitent dans le même passage, et chaque matériau restitue la couleur à sa manière : la laine absorbe, le jersey glisse, le denim se déchire. Il y a des imprimés qui imitent le tissu froissé, un ancien tour d’œil, le trompe l'oeil, utilisé ici à une fin précise. Le vêtement semble avoir été vécu avant d’entrer sur le podium.
C’est sur ce fond que la plume agit. Dans une collection colorée, elle ne serait qu’un ornement parmi d’autres. Sur le noir, elle est la seule chose qui reflète la lumière, et c’est pourquoi elle se lit comme une structure : le rouge travaillé en losanges sur le buste, le bleu qui monte le long du cou et couvre toute la tête, le vert foncé qui façonne le col à la place d’une armature de tailleur.
La couture reste la colonne vertébrale
Qui ne regarde que les photos des plumes passe à côté de la partie qui soutient la collection. Egonlab s'est forgée une réputation dans la couture décalée, et elle se retrouve entièrement là : épaule élargie, taille marquée par une fermeture à boutons latérale, veste et jupe superposées pour créer une répétition visuelle, maison de boutons à l'échelle exagérée, col surdimensionné, poche avec étiquette en cuir empruntée au vocabulaire du jean.
Aucun de ces éléments n'est décoratif. Chacun repousse la proportion du corps vers un endroit que la tenue masculine conventionnelle n'utilise pas, et c'est cette distorsion contrôlée, et non la plume, qui fait la signature de la maison.
Les partenariats disent à qui la marque parle
Deux collaborations ont été lancées la même saison, et les deux sont cohérentes avec le reste. Avec Tinder, une capsule nommée Love Will Not Tear Us Apart, comprenant des t-shirts hybrides, des sweatshirts déconstruits, une bague en forme de cœur et une pièce de haute couture en plumes à carreaux, réalisée dans les ateliers de Maison Février. Trente pour cent des bénéfices vont à Safe Place, une association féministe active depuis 2018.
Avec la Converse, un Chuck Taylor refait par tissage manuel appliqué sur l'ensemble de la chaussure, au point de changer sa silhouette. C'est le même raisonnement que la collection : au lieu d'imprimer sur un produit fini, refaire sa surface jusqu'à ce qu'elle devienne autre chose.
Ce qui reste
Egonlab fait aujourd'hui, avec plume et laine, ce que d'autres domaines font avec la technologie : traiter le matériau comme le sujet de l'œuvre, et non comme la couche finale appliquée après que le travail soit terminé. Dans une saison où de grandes maisons reprennent sous une nouvelle direction créative, une marque indépendante qui a survécu à son propre début interrompu est celle qui apparaît avec l'argument le plus construit.
C'est pourquoi la collection intéresse ceux qui travaillent dans la mode au Brésil. Elle montre qu'une petite maison peut soutenir une signature reconnaissable sans le budget d'un conglomérat, à condition que la décision technique et la décision esthétique soient la même décision. C'est une leçon de méthode avant d'être une référence de style.
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